sauvage-250905-aff-dharamsala

Sauvage  : Camille Ponsin et Céline Sallette se confient sur ce film inspiré d'une histoire vraie

undefined undefined undefined 15h00

Rachel Thomas

Disparition, mystère et amour inconditionnel : avec Sauvage, Camille Ponsin s’attaque à une histoire vraie aussi fascinante que vertigineuse. Entre enquête intime et récit habité, le réalisateur signe un premier film puissant, porté par Céline Sallette. On les a rencontrées à l'occasion de la sortie du film pour parler de ce projet hors norme.

Racontez-nous la genèse du film. Qu’est-ce qui vous a donné envie de le faire et qu’est-ce qui vous a inspiré ?

Camille Ponsin : C'est une histoire fascinante, qui se passe dans les Cévennes où j’ai de la famille et où j’ai en partie grandi. La trajectoire de cette jeune fille et de sa mère me touche profondément depuis toujours. J'y ai été confronté pendant de nombreuses années. Cela a bouleversé la vie de la vallée. Très naturellement, j’ai eu envie de la raconter. J’ai d’abord fait une enquête documentaire pour nourrir l’écriture du scénario, puis j’ai rencontré Isabelle Madelaine, la productrice, qui m’a proposé de le faire sous forme de fiction.

Céline Sallette : Franchement, devant une démarche aussi limpide, je ne pouvais que dire oui ! Ce qui était passionnant dans le projet de Camille, c’était d’aller explorer cette marge, de creuser cette question : qu’est-ce que ça signifie de disparaître de la société ? Et toute la question du lien à son enfant, évidemment. On sait que nos enfants ne nous appartiennent pas, c’est ce qui est au cœur du film.

En tant que mère, comment avez-vous reçu ce scénario ?

Céline Sallette : Il y a un mystère dans le destin de nos enfants et ils ne nous appartiennent pas. On apprend et on grandit dans l’épreuve de la parentalité. Il n’y a pas vraiment de mode d’emploi, cela ne s'apprend pas à l'école. Mais les erreurs se paient cash.

Avez-vous ressenti une responsabilité vis-à-vis du personnage réel ?

Camille Ponsin : Bien sûr. Même si la fiction permet certaines libertés, il est essentiel de prendre soin des personnages dont on raconte l'histoire. J’ai travaillé longuement avec la mère, je l’ai accompagnée lorsqu’elle prenait soin de sa fille perdue dans les bois, quand elle lui apportait à manger ou cherchait des traces d’elle. J’ai mené de nombreux entretiens pour retracer l’histoire sur quinze ans. Tout cela pour rester au plus proche de la vérité de la mère et ne pas caricaturer, ce qui est très facile dans ce genre de contexte. Il était important de montrer toute la complexité et les douleurs qu’elle vivait, mais aussi d’essayer de comprendre sa fille, son retrait complet du monde et sa part de sauvagerie, avec toutes les complexités que cela comporte.

Céline Sallette : Moi aussi, bien sûr. Travailler avec des histoires, vraies ou fictives, implique de porter une responsabilité : incarner des fragments d’humanité. Même en fiction, on a une charge d’âme. Le fait que ces personnes existent rend cette responsabilité encore plus forte.

Avez-vous écrit le rôle à deux ?

Camille Ponsin : Il y avait un scénario, mais beaucoup d’échanges avec les acteurs ont façonné les personnages. Il y a eu des propositions de Céline, de Bertrand Belin dans le rôle du père, et de Lou dans le rôle de la jeune fille. Tout le cinéma est un travail d’équipe, avec les techniciens aussi. Nous avons discuté, confronté nos points de vue et décidé de garder une part de mystère, car il est difficile de donner des réponses que nous n’avons pas, et que la jeune fille et la mère elles-mêmes ne connaissent pas toujours.

Le film interroge les contradictions d'une communauté libertaire. Est-ce un enjeu central pour vous ?

Camille Ponsin : Non, ce n’est pas un enjeu central, c’est le décor. Le récit pourrait se passer ailleurs. C’est avant tout l’histoire d’un enfant qui dérive et d’une mère qui tente de l’aider. Cela peut toucher aux troubles psychologiques, à la dépression, mais le vrai sujet est : comment prend-on soin de quelqu’un qui nous échappe ? Parfois on se trompe, mais on ne peut pas ne pas essayer. Même dans une communauté qui accepte la marginalité, cette dérive extrême perturbe et confronte chacun à ses contradictions.

Diriez-vous, pour conclure, que Sauvage emprunte la logique du conte pour mieux la renverser à la toute fin du film ?

Camille Ponsin : En effet, en choisissant de montrer des images documentaires de la vraie mère au moment du générique, j’ai souhaité rappeler que ce film est inspiré d’une incroyable histoire vraie à un moment où beaucoup auraient pu l’oublier, pris par le romanesque et l’émotion…

Sauvage de Camille Ponsin
Avec Céline Sallette, Lou Lampros et Bertrand Belin
En salles le 8 avril